Un marché ouvert suppose que chacun puisse y entrer et que les prix résultent de la compétition, non d'un accord entre acteurs. Le droit de la concurrence poursuit ce que la simple loyauté commerciale ne suffit pas à empêcher : la coordination secrète et l'écrasement du plus faible.
Il se déploie sur deux plans qu'il faut distinguer, parce qu'ils ne relèvent pas des mêmes juridictions ni des mêmes réflexes. Le premier est le droit des pratiques anticoncurrentielles : ententes et abus de position dominante, poursuivis par l'Autorité de la concurrence, avec des amendes calculées en pourcentage du chiffre d'affaires. Le second est le droit des pratiques restrictives et de la concurrence déloyale : déséquilibre significatif, rupture brutale, parasitisme, débauchage fautif — un contentieux privé, porté devant le tribunal de commerce par l'entreprise qui subit.
Dans les deux cas, la preuve fait tout. Une pratique déloyale se prouve par des faits datés, des courriels, des constats — pas par une conviction. La collecte des preuves doit commencer avant l'assignation, parfois par une requête au juge pour faire constater les faits chez l'adversaire sans le prévenir.
Textes. Le Code de commerce prohibe les ententes (article L. 420-1) et les abus de position dominante (article L. 420-2), et sanctionne les pratiques restrictives, dont le déséquilibre significatif et la rupture brutale de relation commerciale établie (article L. 442-1, Légifrance) — depuis l'ordonnance du 24 avril 2019, un préavis de dix-huit mois met l'auteur de la rupture à l'abri de toute action sur ce fondement. La concurrence déloyale et le parasitisme n'ont pas de texte propre : ils se fondent sur la responsabilité civile délictuelle (article 1240 du Code civil). Au niveau européen, les articles 101 et 102 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne reprennent l'interdiction des ententes et des abus dès lors que le commerce entre États membres est affecté.
Juridictions. L'Autorité de la concurrence instruit et sanctionne les pratiques anticoncurrentielles, sous le contrôle de la cour d'appel de Paris. Les actions privées — concurrence déloyale, parasitisme, rupture brutale, déséquilibre significatif — relèvent du tribunal de commerce, avec une compétence concentrée sur huit juridictions spécialisées pour les pratiques restrictives et les pratiques anticoncurrentielles, appel devant la seule cour d'appel de Paris.
Représentation. L'avocat est obligatoire devant le tribunal de commerce au-delà d'un seuil de 10 000 €, et en appel. Devant l'Autorité de la concurrence, il ne l'est pas formellement, mais la technicité de la procédure et l'ampleur des sanctions encourues rendent l'assistance indispensable.