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Bail commercial 3-6-9 : les droits du locataire et du bailleur, sans jargon.

Vous exploitez un commerce dans un local loué — ou vous en êtes le propriétaire. Des deux côtés, les règles du bail commercial sont strictes, les délais impitoyables, et les enjeux financiers considérables. Cette fiche vous donne les clés pour chaque situation, quelle que soit votre position.

Mis à jour avril 2026 · 8 min de lecture · Rédigé avec le concours d'avocats en exercice

Spécifique au locataire
Spécifique au bailleur
Commun aux deux parties

1. Le bail commercial, c'est quoi ?

Le bail commercial est le contrat qui permet à un commerçant, artisan ou industriel d'exploiter son activité dans un local loué. Il est régi par un statut légal protecteur (art. L. 145-1 et s. du Code de commerce) qui encadre strictement ce que chaque partie peut faire — et ne pas faire. Son surnom : le bail 3-6-9, parce qu'il dure au minimum 9 ans, avec des échéances tous les 3 ans.

3

Première échéance

Le locataire peut partir

6

Deuxième échéance

Le locataire peut partir

9

Fin du bail

Renouvellement ou départ

Tacite prolongation

Durée indéterminée — attention !

Locataire — Ce que le statut vous garantit

  • Bail d'au moins 9 ans — le bailleur ne peut pas vous expulser avant
  • Droit de partir tous les 3 ans avec 6 mois de préavis
  • Droit au renouvellement du bail à son terme
  • Indemnité d'éviction si le bailleur refuse de renouveler
  • Loyer plafonné lors des révisions
  • Droit de céder votre bail avec votre fonds de commerce
  • Droit de préemption si le bailleur vend les locaux

Bailleur — Ce que le statut vous permet

  • Réviser le loyer tous les 3 ans selon les indices légaux
  • Refuser le renouvellement — mais en payant une indemnité
  • Résilier pour faute grave du locataire (impayés, violation du bail)
  • Reprendre les locaux pour habitation personnelle (sous conditions)
  • Demander un déplafonnement dans certains cas précis
  • Refuser le renouvellement sans indemnité si faute grave prouvée

À la signature : le moment le plus important pour les deux parties

La liberté contractuelle est très large dans un bail commercial. Des clauses mal négociées peuvent engager le locataire pendant 9 ans à des conditions défavorables — ou priver le bailleur de protections essentielles. Faire relire le bail par un avocat avant signature est indispensable des deux côtés.

2. Le loyer : révision, plafonnement, déplafonnement

Le loyer initial est librement fixé. Son évolution en cours de bail est en revanche strictement encadrée — au bénéfice du locataire, et parfois au détriment du bailleur qui veut aligner son loyer sur le marché.

Révision triennale plafonnée — la règle

Tous les 3 ans, l'une des parties peut demander la révision du loyer. Elle est plafonnée à la variation de l'indice de référence — ce qui protège le locataire contre les hausses brutales :

  • ILC pour les commerçants et artisans
  • ILAT pour les bureaux et activités tertiaires

Déplafonnement — quand le bailleur peut aller plus loin

Dans certains cas, le bailleur peut demander un loyer fixé à la valeur locative réelle, sans plafond :

  • Durée effective du bail supérieure à 12 ans
  • Modification notable des facteurs de commercialité
  • Changement des caractéristiques du local
  • Déspécialisation obtenue par le locataire

Même en cas de déplafonnement, la loi Pinel limite la hausse à 10 % par an maximum.

Locataire — Se défendre face à une hausse

  • Vérifiez que l'indice utilisé est le bon (ILC ou ILAT)
  • Contestez le déplafonnement si les conditions légales ne sont pas remplies
  • Acceptez le renouvellement mais saisissez le juge des loyers commerciaux pour fixer le montant juste
  • Agissez dans les 2 ans à compter de la date d'effet du congé — passé ce délai, vous perdez ce droit

Bailleur — Obtenir un loyer de marché

  • Documentez les modifications de commercialité pour justifier le déplafonnement
  • Évitez la tacite prolongation au-delà de 12 ans : elle ouvre le déplafonnement mais expose à un long contentieux
  • Précisez le montant du nouveau loyer dans le congé — à défaut, la hausse ne sera due qu'à compter de votre demande ultérieure

3. Partir, rester, renouveler : les règles du congé

Locataire — Vous voulez partir

  • Congé possible à chaque échéance triennale (3, 6 ou 9 ans)
  • Préavis de 6 mois par lettre recommandée ou acte de commissaire de justice
  • Aucune justification à fournir
  • Retraite ou invalidité : résiliation possible à tout moment, sans attendre l'échéance
  • Erreur de date = engagement pour 3 ans supplémentaires — vérifiez scrupuleusement

Bailleur — Vous voulez récupérer vos locaux

  • Congé possible uniquement à l'expiration des 9 ans (pas avant, sauf faute grave)
  • Préavis de 6 mois, par acte de commissaire de justice obligatoirement
  • Refus de renouvellement → indemnité d'éviction obligatoire (sauf faute grave du locataire)
  • Faute grave prouvée (impayés répétés, sous-location non autorisée) → pas d'indemnité, mais la preuve vous incombe
  • Reprise pour habitation personnelle → conditions légales très strictes

Le piège de la tacite prolongation — pour les deux parties

Locataire :si personne n'agit à l'échéance des 9 ans, votre bail se prolonge indéfiniment. C'est rassurant, mais si cette prolongation dépasse 12 ans au total, vous offrez au bailleur un argument légal pour déplafonner le loyer au prochain renouvellement.

Bailleur : en cas de tacite prolongation, vous pouvez donner congé à tout moment avec 6 mois de préavis — mais la prolongation au-delà de 12 ans vous permettra de demander un loyer de marché, parfois bien supérieur au loyer plafonné en vigueur.

Les 3 options du locataire face à un congé avec offre de renouvellement :
1. Accepter le renouvellement et le nouveau loyer → nouveau bail de 9 ans.
2. Accepter le renouvellement, contester le loyer → saisine du juge dans les 2 ans pour fixer le juste montant.
3.Refuser le renouvellement → vous quittez les lieux sans indemnité (c'est vous qui refusez).

4. L'indemnité d'éviction : la pièce maîtresse

C'est le mécanisme central qui protège le locataire et contraint le bailleur. Son montant peut être très élevé — et c'est voulu : il dissuade les expulsions arbitraires.

Due par le bailleur au locataire

Ce que couvre l'indemnité d'éviction

Valeur du fonds de commerce

Calculée selon les usages de la profession — souvent un multiple du chiffre d'affaires. C'est le poste principal.

Frais de déménagement

Transport, stockage, remise en état du nouveau local.

Frais de réinstallation

Travaux, enseigne, mise aux normes, coûts de transition.

Droits de mutation et frais de remploi

Frais liés à l'acquisition d'un fonds de valeur équivalente.

Dépréciation du stock

Si vous devez liquider des marchandises à des conditions défavorables.

Licenciements éventuels

Indemnités si le départ contraint entraîne des licenciements économiques.

Locataire — Vos droits face à un refus de renouvellement

  • Vous restez dans les lieux jusqu'au paiement effectif de l'indemnité
  • Si le montant proposé est insuffisant, saisissez le tribunal judiciaire dans les 2 ans
  • Un expert judiciaire peut être désigné pour évaluer le fonds
  • Ne quittez jamais les lieux avant d'avoir touché l'indemnité

Bailleur — Quand vous n'avez pas à payer

  • Faute grave et légitime du locataire : impayés répétés, sous-location non autorisée, inexploitation du fonds
  • Immeuble en état d'insalubrité avéré (arrêté préfectoral)
  • Immeuble manifestement dangereux (rapport d'expertise)
  • Dans tous les autres cas, l'indemnité est due — sans exception

5. Les situations critiques

Locataire

Vous recevez un commandement de payer

Vous avez 1 mois pour régulariser la situation ou saisir le juge pour obtenir des délais. Passé ce délai, la clause résolutoire peut s'activer et entraîner la résiliation automatique du bail. C'est une urgence absolue — contactez un avocat dans les 48 heures.

Bailleur

Votre locataire ne paie plus

Envoyez un commandement de payer par acte de commissaire de justice visant la clause résolutoire du bail. Si le locataire ne paie pas dans le mois, vous pouvez saisir le tribunal pour faire constater la résiliation. Attention : le locataire peut invoquer une exception d'inexécution face à un commandement de payer si vos propres obligations ne sont pas respectées.

Les deux

Le bailleur vend le local commercial

Locataire : vous bénéficiez d'un droit de préemption si le bailleur vend le local lui-même (art. L145-46-1 C. com.) — il doit vous notifier les conditions de la vente par acte de commissaire de justice. Attention : ce droit ne s'applique pas si le bailleur vend l'immeuble dans son ensemble.

Locataire

Vous voulez céder votre bail (et votre fonds)

Le bail commercial se cède avec le fonds de commerce. Vérifiez les clauses de votre bail : certains prévoient l'agrément préalable du bailleur. La cession doit être formalisée et le nouveau locataire immatriculé. Un avocat sécurise la cession.

Bailleur

Vous voulez augmenter significativement le loyer au renouvellement

Si vous souhaitez dépasser le plafonnement légal, vous devez justifier l'un des cas légaux de déplafonnement. La loi Pinel limite néanmoins la hausse à 10 % par an.

6. Ce qu'un avocat change pour vous

Locataire — Vos situations clés

  • Analyse du bail avant signature et négociation des clauses défavorables
  • Contestation d'une hausse de loyer ou d'un déplafonnement injustifié
  • Négociation du loyer de renouvellement devant le juge
  • Calcul et obtention de l'indemnité d'éviction juste
  • Urgence commandement de payer — agir dans le délai d'1 mois
  • Sécurisation de la cession du bail avec votre fonds de commerce
  • Exercice du droit de préemption en cas de vente de l'immeuble

Bailleur — Vos situations clés

  • Rédaction d'un bail équilibré et conforme à la loi Pinel
  • Stratégie de déplafonnement du loyer documentée et défendable
  • Rédaction du congé dans les formes — une erreur peut déclencher une indemnité
  • Refus de renouvellement pour faute grave — constitution du dossier de preuve
  • Procédure de résiliation pour impayés — commandement et clause résolutoire
  • Vente de l'immeuble en respectant le droit de préemption du locataire

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Ce guide est publié à titre informatif et ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation est unique et peut relever de règles spécifiques. Consultez un avocat pour une analyse adaptée à votre cas. Les informations présentées sont susceptibles d'évolution législative ou jurisprudentielle.

Questions fréquentes

Le bail se prolonge tacitement pour une durée indéterminée — vous restez dans les lieux aux mêmes conditions. Sécurisant à court terme, mais si la prolongation dépasse 12 ans au total, vous offrez au bailleur un argument légal pour déplafonner le loyer. Mieux vaut anticiper et demander le renouvellement formellement.

En principe non, sauf accord amiable avec votre bailleur, ou si vous êtes à la retraite ou en invalidité reconnue. Hors ces cas, vous restez engagé jusqu'à la prochaine échéance triennale et devez les loyers jusqu'à cette date.

Non, pas directement. Le droit de reprise pour occupation personnelle est très limité — il concerne essentiellement la reprise pour habitation, dans des conditions légales strictes. Reprendre pour y installer votre propre activité commerciale ne constitue pas un motif légal de refus sans indemnité.

La sous-location sans autorisation est une violation grave du bail. Elle constitue un motif grave et légitime vous permettant de refuser le renouvellement sans indemnité d'éviction, voire de demander la résiliation du bail. Envoyez d'abord une mise en demeure, puis saisissez le tribunal si la situation persiste.

Le congé doit impérativement être donné par acte de commissaire de justice (anciennement huissier) pour le bailleur, et au moins 6 mois avant l'échéance. Pour le locataire, la lettre recommandée avec AR est généralement acceptée. Une erreur de forme peut rendre le congé nul et non avenu — faites-vous assister.

Elle se base principalement sur la valeur de votre fonds de commerce (souvent un multiple du chiffre d'affaires, selon les usages de votre profession) plus les frais accessoires (déménagement, réinstallation, droits de mutation…). En cas de désaccord, un expert judiciaire est désigné. N'acceptez jamais l'estimation du bailleur sans la faire vérifier.

Le locataire peut invoquer une exception d'inexécution face à un commandement de payer — même sans avoir payé ni demandé des délais dans le mois. Si vos propres obligations (entretien, délivrance du local, travaux…) ne sont pas respectées, le juge peut refuser de constater la résiliation. Vérifiez que vous êtes en conformité avant d'engager cette procédure.

Cette fiche est rédigée à titre informatif. Elle ne constitue pas une consultation juridique et ne remplace pas l'analyse d'un avocat au regard de votre situation personnelle.